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10 octobre 2005
"Investissements étrangers et sécurité nationale " |
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Manifestation organisée par Bernard Carayon , député du Tarn à l'Assemblée nationale.
Ouverture des Travaux: Madame le Ministre, Mesdames et Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs, chers amis. Je voudrais d’abord remercier le Ministre de la Défense d’avoir bien voulu honorer ce colloque par sa présence et sa participation. Nous savons tous combien, depuis longtemps, elle est attachée à l’indépendance des technologies militaires françaises, combien aussi, elle a eu le souci de réorganiser les structures administratives du Ministère de la Défense, en particulier la DGA, mais aussi la Direction des Affaires Stratégiques ; combien enfin, elle a su associer le secteur privé aux réflexions prospectives engagées par son Ministère. Pour tout cela, et pour ton amitié, Michèle, qui ne m’a jamais manqué, je voulais te remercier. Ce colloque est à tous égards opportun, au moins pour deux raisons. Tout d’abord, il est porté par le débat sur le « patriotisme économique » dans notre pays, sur son sens et sa portée. Ce concept que j’ai lancé, il y a plus de deux ans, dans un rapport que m’avait commandé Jean-Pierre Raffarin, alors Premier Ministre, sert aujourd’hui d’« adossement » politique à une politique publique d’intelligence économique, dont le contenu commence à se mettre en place. Ensuite, ce colloque éclaire les politiques publiques engagées depuis longtemps dans le monde entier, aussi bien dans des pays de tradition économique libérale que dans des pays dont les traditions sont plutôt dirigistes. Depuis quelque temps, le patriotisme économique fait débat en France, en particulier depuis que le Premier Ministre, Dominique de Villepin, en a fait, lors d'une conférence de presse, un axe clé de l’action économique gouvernementale. Il y a quelques semaines, l’annonce de la préparation d’un décret protégeant les secteurs stratégiques ou sensibles et le psychodrame de l’été, nourri par l’affaire Danone, ont fait craindre à certains le retour aux « vieux démons » français : le protectionnisme et le jacobinisme. Même si Danone ne relève pas d’un « secteur sensible », au sens où l’entend la communauté mondiale des affaires ou des acteurs publics, quoi qu’en dise son président, celui-ci a souligné dans une lettre adressée aux élus de France que la « mobilisation autour de son entreprise n’a été critiquée qu’en France », où, disait-il, « on veut toujours être plus libéraux que les libéraux ». Il rappelait que les pouvoirs publics, partout dans le monde, font en sorte que les centres de décision des grandes entreprises restent dans leur pays. Une nouvelle grille de lecture de la mondialisation s’impose. L’ouverture des marchés a été souvent et longtemps présentée comme la « panacée », comme si l’accélération ininterrompue de la circulation des hommes, des idées, des capitaux et des technologies devait nécessairement générer la paix, la prospérité, la démocratie. On sait qu’il n’en est rien. Partout, l’ouverture des marchés et la globalisation du monde dissimulent assez mal le retour des États nations. Les illusions du « tout marché » comme celles du « tout État » sont heureusement de plus en plus dénoncées. Partout, la perception des nouvelles menaces – le terrorisme, les déséquilibres écologiques, l’épuisement des ressources naturelles, les formes de la communication – ont restauré le poids et la légitimité de l’action publique, qu’elle soit nationale ou internationale, générale ou thématique. Même lorsque l’État est impuissant à prévenir ou à soigner dans l’urgence les effets de cataclysmes naturels, rien ne remplace sa capacité à synthétiser des aspirations collectives. Nul ne peut contester aussi qu’il détermine les priorités nationales, qu’il élabore des stratégies collectives et se donne les moyens de les accomplir.
Synthèse des Travaux: Monsieur l’Ambassadeur, je voudrais vous remercier d’avoir honoré ce colloque – que vous avez conclu de manière magistrale – consacré à un sujet difficile et qui souligne certains malentendus transatlantiques bien connus. Vous avez décrit combien l’économie mondiale, les États-Unis, l’Europe, la France, avaient besoin de l’ouverture de marchés, de même que Mme Sills a décrit, avec la même conviction, l’intelligence du dispositif de contrôle des investissements étrangers aux États-Unis. Je crois que ce n’est pas une coïncidence si vous avez manifesté, l’un et l’autre, la même cohérence dans la promotion du dispositif américain, que j’aimerais bien voir reproduit dans notre pays, tant il est souple et réactif, tant il sait concilier aussi, avec beaucoup d’ingéniosité, des logiques qui pourraient apparaître contradictoires ailleurs ; dans notre pays, où nous cultivons, dans la définition de nos enjeux de politiques économiques intérieures, un esprit social-démocrate et dans la grille de lecture de la mondialisation, très ouverte et très libérale. On constate au contraire, dans la définition de vos objectifs de politique économique beaucoup de libéralisme, de vrai libéralisme (la réduction du poids de l’impôt et des prélèvements publics de manière générale) et, en même temps, un accompagnement public cohérent dans la conquête des marchés mondiaux au profit de vos entreprises. Il est assez curieux que le thème de la nationalité des entreprises ne soit apparu qu’à l’issue de ce colloque. La question a été soulevée en particulier par Denis Ranque. Je ne suis pas tout à fait convaincu par son argumentation selon laquelle il serait de plus en plus difficile à l’avenir de définir la nationalité d’une entreprise. Dans le fond, c’est une question que seuls les Français se posent. Un Américain ne se demande pas si une société est, ou non, américaine et un Anglais non plus, un Japonais encore moins, un Russe ou un Chinois sûrement pas. Nous sommes les seuls au monde à nous poser ce type de question, peut-être parce que nous ne nous aimons pas suffisamment, peut-être parce que les politiques industrielles ont laissé dans notre pays un mauvais souvenir, tout en oubliant évidemment les succès de celles qui ont porté Ariane Espace, Airbus ou la filière nucléaire. En tout cas, j’observe que, s’il y a eu une bonne occasion de se poser la question de la nationalité d’un grand groupe international, ce fut cet été à l’occasion de l’affaire Danone : personne n'a douté de la nationalité française du célèbre groupe agroalimentaire ! Tout le monde s’est levé pour cette entreprise non stratégique, dont le capital est tout à la fois dilué, et internationalisé. J’ai beaucoup apprécié les propos iconoclastes de Charles de Croisset ; la qualité de son propos est due non seulement à son caractère et à son intelligence, mais aussi à sa longue expérience, quand il souligne la nécessité de soigner l’image, d’avoir de bons objectifs et la volonté chevillée au corps pour assurer le succès d'une stratégie. Je crois que les Américains nous ont aujourd’hui donné une leçon salutaire dont il faut tirer toutes les conséquences en termes de mutualisation des expertises publiques et privées, d'effacement des clivages idéologiques qui traversent notre vie politique depuis très longtemps, dans cette « réconciliation – comme l'évoquait Ron Brown, secrétaire d’État au Commerce du Président Clinton – du gouvernement de l’État et des affaires. » C’est en tout cas le vœu que je forme en vous remerciant d’avoir honoré notre colloque de votre présence. |
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