Manifestation oragnisée à Montpellier par Didier LALLEMAND, Haut fonctionnaire du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie.
N.B.: cette intervention a été lue devant les participants par un tiers, Bernard CARAYON n'ayant pu se rendre sur place.
Mesdames et messieurs,
Je souhaiterais tout d'abord vous prier d'excuser mon absence. Les imprévus liés à la vie d'un député-maire ont eu raison à la fois de l'attraction naturelle de votre ville mais aussi de l'intérêt que je portais à votre manifestation ou de l'amitié qui me lie à Didier LALLEMAND dont l'engagement sur ce sujet de l'intelligence économique n'est plus à démontrer.
Vous aurez compris, je le sais, à l'issue de cette journée, que l'intelligence économique ne saurait se limiter à l'utilisation déjà ancienne d'outils destinés à remplir des fonctions de veille. L'intelligence économique n'est pas la simple gestion de l'information utile au développement de l'entreprise, fut-ce une information stratégique.
L'intelligence économique est avant tout une politique publique. C'est ce que j'ai conclu des nombreuses auditions qui m'ont permis de remettre au Premier ministre le rapport que vous connaissez sur ce sujet.
L'intelligence économique est une politique publique qui se définit par son contenu et son champ d'application.
Son contenu d'abord :
- une politique de compétitivité qui favorise la recherche et permet l'accompagnement des entreprises dans la conquête de marchés mondiaux ; accompagnement par l'identification commune d'enjeux stratégiques et la mutualisation des expertises et des informations publiques et privées ;
- une politique de sécurité économique qui protège le périmètre stratégique de l'économie nationale ;
- une politique d'influence, notamment auprès des organismes où s'élaborent désormais les normes qui règlent la vie économique ;
- enfin une politique de formation.
Son champ d'application ensuite : cette politique publique d'intelligence économique concerne plus particulièrement les marchés qui ne sont pas seulement créateurs de valeur mais également générateurs d'influence et de puissance, - ceux par exemple de l'aéronautique et de l'espace, de l'armement, de l'énergie, de la pharmacie et de la génétique, des réseaux, des technologies de l'information, des télécommunications et de la sécurité. Dans ces marchés, que j'appelle « stratégiques », ce ne sont pas la qualité ou le prix des produits et services qui font la différence mais bien l'accompagnement politique des Etats qui permet de les conquérir.
Enfin cette politique publique d'intelligence économique a une déclinaison régionale dans laquelle la notion de secteurs stratégiques doit être adaptée aux enjeux économiques locaux.
Le Gouvernement, et singulièrement le Premier ministre, ont compris très tôt les enjeux liés à cette politique. Plusieurs des recommandations que je formulais dans mon rapport ont été reprises parmi lesquelles :
- La nomination d'un « Haut Responsable à l'Intelligence économique » - administrativement rattaché au SGDN. Sous son égide ont été engagées les réflexions que je suggérais sur le périmètre stratégique de l'économie française, la création d'un fonds de soutien à capitaux mixtes destinés aux entreprises technologiques de taille moyenne, la refonte des enseignements de l'intelligence économique ;
- le Premier ministre a commandé au SGDN une réflexion, rapidement mise en uvre, sur la sécurisation des réseaux publics d'information et de communication ;
- une « délégation générale à l'intelligence économique » a été créée au ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, le ministère de la Défense a également nommé un responsable; le ministère des Affaires étrangères s'y apprête ;
- enfin Dominique de VILLEPIN, le ministre de l'Intérieur a décidé d'étendre à toute la France les expérimentations régionales d'intelligence économique dont l'organisation est confiée au Préfet de Région et qui doit permettre de mobiliser tous les acteurs économiques locaux. Je ne doute pas de l'engagement de la chambre de Commerce de Montpellier et de l'Université dont on connaît ici la qualité de la réflexion en matière d'intelligence économique, notamment grâce à Henri DOUX..
Je n'aurai pas la prétention de vous donner les grandes lignes de ce que sera le schéma régional « d'intelligence territoriale » que vous retiendrez collectivement. Permettez-moi simplement de vous suggérer d'ajouter à vos pistes de réflexion celle concernant la transmission d'entreprise . Dans votre région comme ailleurs beaucoup de PME vont traverser des périodes sensibles en raison de l'âge de leurs dirigeants (selon l'INSEE, 50% d'entre elles sont concernées dans les dix ans qui viennent). Ils vous appartient de bien prendre en compte ce phénomène.
Grâce à une prise de conscience collective et aux efforts de beaucoup - notamment dans votre région, l'intelligence économique n'est plus un simple concept ou le cache-sexe de pratiques illicites ou encore le beurre dans les épinards de quelques mauvais professeurs. C'est une véritable politique publique dont vous êtes co-responsables. Une part du développement économique de votre ville et de votre région en dépend. Ne vous y trompez pas, le véritable enjeu de cette politique est bien l'emploi et la cohésion sociale.