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Relancer la politique industrielle : enfin !
Quel soulagement ! La belle unanimité affichée autour du retour annoncé par le Président de la République à une politique industrielle volontariste et de la création dune Agence pour la promotion de linnovation industrielle clot, je lespère, la sinistre période pour notre économie des faux prophètes de la société de la connaissance, des thuriféraires austères dune politique européenne zélée de la concurrence, des fossoyeurs de laction publique au service de léconomie. Toutes erreurs fondées sur une compréhension approximative des mécanismes de léconomie de marché et sur une méconnaissance des réalités de la mondialisation.
Il y a tout juste deux ans, lorsque je débutais ma mission pour le Premier ministre concernant une politique publique dintelligence économique[1] parle de politique industrielle ne déclenchait que quelques sourires compatissants ou dédaigneux. Comme quelques observateurs attentifs et doués de mémoire, je note donc avec plaisir la conversion enthousiaste de certains économistes et représentants du patronat à travers leurs derniers rapports.
Je crois pour autant que nous ne sommes quau milieu du gué.
Certes le constat est maintenant partagé : pour pallier aux délocalisations[2] qui vont saccélérer, il faut combler notre décrochage technologique et créer des activités industrielles nouvelles sur des marchés davenir. Notre histoire industrielle et nos réussites emblématiques Concorde, le TGV, Ariane, Airbus
- montrent que nous avons la capacité de lancer et de mener à terme de grands projets : nous savons les penser, nous avons les Grands Corps, les ingénieurs pour les développer et les ouvriers qualifiés pour les construire. Mais la seule constitution dune Agence pour lInnovation Industrielle sans autre accompagnement ne suffira pas à imposer au marché nos technologies. Le penser serait faire abstraction de lévolution du monde depuis les Trente Glorieuses. Nous devons inventer un mode de pensée et daction conforme à notre époque.
Il me semble dabord nécessaire dinviter lAgence créée à mutualiser les expertises publiques et privées. De même quAirbus doit autant à lexpertise administrative et aux décideurs politiques quaux industriels, le choix des secteurs dintervention dune Agence pour lInnovation Industrielle ne peut être laissé aux seuls technologues. Il appartient également aux Pouvoirs Publics, garant de lintérêt général et seuls dotés dune capacité de synthèse, voire à la représentation nationale, de participer à ses choix. La vision et le champ technologique retenus constitueraient ce que jappelle le « périmètre stratégique » de notre économie.
Laction publique ne peut ensuite se limiter à la seule avance de fonds. Contrairement aux projets des Trente Glorieuses, linnovation seule ne suffit plus à imposer un produit ou une technologie au marché. La mondialisation de léconomie, larrivée des nouveaux acteurs que sont les organisations intergouvernementales, la montée en puissance et lorganisation des ONG impliquent daccompagner les avancées technologiques par une analyse de leur environnement normatif, juridique, commercial ou financier. Là également, lEtat à un rôle à jouer. Il serait par exemple intéressant de se pencher aujourdhui sur les conséquences du début de lexploitation commerciale de lespace actuellement entreprise aux Etats-Unis. Quel droit va simposer à ce domaine ? Quelles conséquences pour lindustrie spatiale européenne ?
Ces grands projets industriels sinscivent dans la durée. Ils impliquent la mobilisation des meilleurs chercheurs, ingénieurs et ouvriers. Nous devrons donc également accompagner cet effort par une adaptation dautres politiques publiques : formation, recrutement, attraction de chercheurs étrangers, etc.
Le dynamisme des PME en matière dinnovation doit également être intégré à ces grands projets industriels. Il y aura ainsi sans doute une articulation à trouver entre les travaux de lAgence et les pôles de compétitivité dont la réalisation est déjà décidée par le Gouvernement. Le dévelopement de ces PME innovantes pourrait par ailleurs être favorisé par la mise en place dun Small Business Act européen.
Je rejoins enfin linvitation du Président de la République à ce que ces projets industriels soient demblée européens. Les implications politiques de ce type de partenariats montrent bien que lAgence pour la promotion de linnovation industrielle doit être accompagnée politiquement.
Rien nempêche par ailleurs de mettre en place dès aujourdhui au service des grandes entreprises fraçaises un soutien plus actif et coordonné dans la conquête des marchés stratégiques, marchés de puissance et dinfluence ceux pour lesquels la qualité et le prix ne sont pas les seuls facteurs-clés de succès.
Lefficacité dune politique industrielle nationale ou européenne repose ainsi sur un « portage politique » du plus haut niveau de lEtat ce que vient de signifier le Président de la République- et la mise en place de collaborations actives public-privé . LAgence pour la promotion de linnovation industrielle en est un maillon. Elle ne peut être à elle seule la politique du Gouvernement en ce domaine.
Bernard CARAYON
Député (UMP) du Tarn
[1] « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale », La Documentation Française, juillet 2003.
[2] Annoncées il y a dix ans par un parlementaire, jean ARTHUIS, dans lindifférence générale et la critique des « experts ».
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