ITRmanager.com 30 novembre 2004
30 novembre 2004

Liste chronologique

Intelligence économique

Un fonds d'investissements public/privé pour les NTIC


Le gouvernement français devrait mettre en place un fonds d’investissements destiné aux start ups dans des domaines stratégiques comme les technologies de l’information, les biotechnologies, l’aéronautique ou encore la Pharmacie. C’est la structure In-Q-Tel financée à 100 % par la CIA qui a servi d’inspiration pour la création de ce fonds d’investissements. Alain Juillet, Haut Responsable chargé de l’Intelligence économique auprès du premier ministre avait déjà évoqué ce projet durant ces dernières semaines. L’échéance de juin 2005 a été arrêtée pour sa mise en place.

Une des difficultés est de définir la structure de cette entité en particulier afin de ne pas tomber sous les foudres de Bruxelles qui pourrait assimiler les financements accordés par ce fonds d’investissement à des aides publiques déguisées qui sont contraires aux principes de l’Union européenne. Les rappels à l’ordre, voire les injonctions de la Commission européenne sur des dossiers comme Bull ou France Télécom montre qu’il s’agit là d’un danger réel. La Caisse des dépôts et consignations pourrait être associée en partenariat avec des entreprises du secteur privé. C’est ce que fait In-Q-Tel dont les sources de financement associent des fonds publics et privés.

C’est une nouvelle pièce de la politique en matière d’Intelligence Economique (IE) qui est ajoutée et donc l’objectif est clairement de sécuriser les intérêts économiques de la France. Elle fait suite à la récente création délégation générale de l’Intelligence économique au sein du ministère de l’Economie et des Finances, placée sous la responsabilité de François Asselineau. Une autre composante devrait être prochainement ajoutée dans le domaine du droit des affaires avec une proposition de loi « tendant à sécuriser l’accès au capital des entreprises ayant leur siège social en France ».

De doter des outils pour renforcer la sécurité

L’objectif d’In-Q-Tel est clairement affiché sur son site Internet : Investing in our National Security ». Créée en 1999, par la CIA, In-Q-Tel a financé 67 entreprises comme Intelliseek, Convera ou Inxigt. Les technologies que ces sociétés ont développées sont jugées essentielles à la fois aux Etats-Unis en tant que nation, mais aussi par l’Agence américaine dans le cadre de ses attributions. Par analogie, on se souvient de l’éditeur de logiciels de moteur de recherche Arisem qui avait été quasiment acheté par un pôle d’investisseur canadien et qui a finalement été repris dans le giron de Thales. L’exemple qui sert de référence de ce qu’il ne faut pas faire est celui de Gemplus, un des leaders dans le domaine des cartes à puces, passée sous le contrôle américain en 2000.

organisation du financement assuré par In-Q-Tel
« L’Intelligence Economique doit constituer un aiguillon de la réforme de l’Etat », soulignait Philippe Caduc, présent de l’Adit (Agence pour la diffusion de l’information technologique). La mise en place d’une politique d’IE est de plus en plus nécessaire en raison du durcissement des règles qui sont le fait des Etats-Unis sur la scène mondiale pour protéger leurs intérêts. Si le Japon est le bureau de l’IE, les Etats-Unis ont transformé cette activité en véritable doctrine de sécurité économique, poursuit-il.

Il est de plus en plus difficile pour une société non américaine de lutter avec une société américaine sur les marchés stratégiques, d’autant que l’environnement entre un acheteur et un vendeur est de plus en complexe. Au-delà des technologies qui sont évidemment essentielles, « il y a aussi l’arrivée de nouveaux acteurs – fondations, Think Tank, ONG – qui jouent un rôle de lobby dont l’importance va croissant ». Un rôle qui n’est pas toujours facile à analyser et des acteurs contre lesquels il est bien difficile de lutter avec les armes classiques. Comment se défendre par exemple face à une campagne de dénigrement ?

Accumuler, analyser, anticiper et agir

La création en octobre dernier d’une délégation générale de l’Intelligence économique en octobre dernier dote les Pouvoirs Publics d’un outil de veille et d’analyse concurrentielle. Cette nouvelle entité, qui devrait regrouper à terme une quinzaine de personnes, aura pour mission d’aider l’Etat à « affiner sa stratégie industrielle, économique et commerciale. » Il y là une sorte de paradoxe à l’heure du marché et du libéralisme triomphant de voir se mettre, ou plutôt se remettre en place une nouvelle politique industrielle. « Il s’agit des marchés stratégiques, qui sont hautement créateur de valeur et de puissance, rappelait Bernard Carayon, mais qui dérogent aux règles classiques de l’économie et qui mettent en œuvre des facteurs différents. « L’IE se déroule en quatre phases, rappelait François Asselineau, Délégué général à l’intelligence économique, à la conférence sur les métiers stratégiques : Accumuler des informations dont le volume ne cesse de croître, analyser, anticiper et agir. La phase d’analyse, qui est essentielle, recouvre deux champs : les informations naturelles qui sont spontanément décortiquées (informations économiques, comptables, financières, concurrentielles…), les « autres » informatiques plus contextuelles qui ont rapport avec l’histoire, la géopolitique, le culturel, le sociologique, la linguistique… qui sont trop souvent laissées de côté. Au niveau de l’action, nous allons agir selon deux axes : défensifs pour sécuriser notre patrimoine, mais aussi offensifs en exerçant des actions d’influence, de communication, de prise de participation … »

Dans l’attente du CEA des NTIC

Une autre pièce essentielle de la politique en IE reste encore à mettre en place, celle constituée par la création d’un Commissariat aux technologies de l’information, de la communication et de la sécurité évoquée par Bernard Carayon dans son rapport d’information sur la « stratégie de sécurité économique nationale » publié en juin 2004. C’est un élément important, mais qui sera sans doute plus difficile et plus long à mettre en œuvre. Mais précisément, l’exemple du CEA, créé en octobre 1945 et qui « constitue l’exemple type de la réussite industrielle éclatante, suite à une impulsion politique forte » constitue une référence et une expérience évidemment très utile, même si les conditions extérieures ont bien changé depuis 1945.

Petit à petit la France est donc en train de combler son retard en matière d’Intelligence, notamment face aux Etats-Unis, mais aussi à d’autres nations comparables à la nôtre comme le Royaume-Uni. La difficulté rappelait René Ricol, ancien président de L’IFAC (l’organisation mondiales des experts-comptables) lors de la conférence sur les métiers stratégiques organisé par Bernard Carayon et la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Paris lundi 29 novembre est que « dans l’espace Européen, plus que dans tous autres, nous sommes à la fois alliés et compétiteurs ».

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