Intelligence économique
Un fonds d'investissements public/privé pour les NTIC
Le gouvernement français devrait mettre en place un fonds dinvestissements destiné aux start ups dans des domaines stratégiques comme les technologies de linformation, les biotechnologies, laéronautique ou encore la Pharmacie. Cest la structure In-Q-Tel financée à 100 % par la CIA qui a servi dinspiration pour la création de ce fonds dinvestissements. Alain Juillet, Haut Responsable chargé de lIntelligence économique auprès du premier ministre avait déjà évoqué ce projet durant ces dernières semaines. Léchéance de juin 2005 a été arrêtée pour sa mise en place.
Une des difficultés est de définir la structure de cette entité en particulier afin de ne pas tomber sous les foudres de Bruxelles qui pourrait assimiler les financements accordés par ce fonds dinvestissement à des aides publiques déguisées qui sont contraires aux principes de lUnion européenne. Les rappels à lordre, voire les injonctions de la Commission européenne sur des dossiers comme Bull ou France Télécom montre quil sagit là dun danger réel. La Caisse des dépôts et consignations pourrait être associée en partenariat avec des entreprises du secteur privé. Cest ce que fait In-Q-Tel dont les sources de financement associent des fonds publics et privés.
Cest une nouvelle pièce de la politique en matière dIntelligence Economique (IE) qui est ajoutée et donc lobjectif est clairement de sécuriser les intérêts économiques de la France. Elle fait suite à la récente création délégation générale de lIntelligence économique au sein du ministère de lEconomie et des Finances, placée sous la responsabilité de François Asselineau. Une autre composante devrait être prochainement ajoutée dans le domaine du droit des affaires avec une proposition de loi « tendant à sécuriser laccès au capital des entreprises ayant leur siège social en France ».
De doter des outils pour renforcer la sécurité
Lobjectif dIn-Q-Tel est clairement affiché sur son site Internet : Investing in our National Security ». Créée en 1999, par la CIA, In-Q-Tel a financé 67 entreprises comme Intelliseek, Convera ou Inxigt. Les technologies que ces sociétés ont développées sont jugées essentielles à la fois aux Etats-Unis en tant que nation, mais aussi par lAgence américaine dans le cadre de ses attributions. Par analogie, on se souvient de léditeur de logiciels de moteur de recherche Arisem qui avait été quasiment acheté par un pôle dinvestisseur canadien et qui a finalement été repris dans le giron de Thales. Lexemple qui sert de référence de ce quil ne faut pas faire est celui de Gemplus, un des leaders dans le domaine des cartes à puces, passée sous le contrôle américain en 2000.
organisation du financement assuré par In-Q-Tel
« LIntelligence Economique doit constituer un aiguillon de la réforme de lEtat », soulignait Philippe Caduc, présent de lAdit (Agence pour la diffusion de linformation technologique). La mise en place dune politique dIE est de plus en plus nécessaire en raison du durcissement des règles qui sont le fait des Etats-Unis sur la scène mondiale pour protéger leurs intérêts. Si le Japon est le bureau de lIE, les Etats-Unis ont transformé cette activité en véritable doctrine de sécurité économique, poursuit-il.
Il est de plus en plus difficile pour une société non américaine de lutter avec une société américaine sur les marchés stratégiques, dautant que lenvironnement entre un acheteur et un vendeur est de plus en complexe. Au-delà des technologies qui sont évidemment essentielles, « il y a aussi larrivée de nouveaux acteurs fondations, Think Tank, ONG qui jouent un rôle de lobby dont limportance va croissant ». Un rôle qui nest pas toujours facile à analyser et des acteurs contre lesquels il est bien difficile de lutter avec les armes classiques. Comment se défendre par exemple face à une campagne de dénigrement ?
Accumuler, analyser, anticiper et agir
La création en octobre dernier dune délégation générale de lIntelligence économique en octobre dernier dote les Pouvoirs Publics dun outil de veille et danalyse concurrentielle. Cette nouvelle entité, qui devrait regrouper à terme une quinzaine de personnes, aura pour mission daider lEtat à « affiner sa stratégie industrielle, économique et commerciale. » Il y là une sorte de paradoxe à lheure du marché et du libéralisme triomphant de voir se mettre, ou plutôt se remettre en place une nouvelle politique industrielle. « Il sagit des marchés stratégiques, qui sont hautement créateur de valeur et de puissance, rappelait Bernard Carayon, mais qui dérogent aux règles classiques de léconomie et qui mettent en uvre des facteurs différents. « LIE se déroule en quatre phases, rappelait François Asselineau, Délégué général à lintelligence économique, à la conférence sur les métiers stratégiques : Accumuler des informations dont le volume ne cesse de croître, analyser, anticiper et agir. La phase danalyse, qui est essentielle, recouvre deux champs : les informations naturelles qui sont spontanément décortiquées (informations économiques, comptables, financières, concurrentielles
), les « autres » informatiques plus contextuelles qui ont rapport avec lhistoire, la géopolitique, le culturel, le sociologique, la linguistique
qui sont trop souvent laissées de côté. Au niveau de laction, nous allons agir selon deux axes : défensifs pour sécuriser notre patrimoine, mais aussi offensifs en exerçant des actions dinfluence, de communication, de prise de participation
»
Dans lattente du CEA des NTIC
Une autre pièce essentielle de la politique en IE reste encore à mettre en place, celle constituée par la création dun Commissariat aux technologies de linformation, de la communication et de la sécurité évoquée par Bernard Carayon dans son rapport dinformation sur la « stratégie de sécurité économique nationale » publié en juin 2004. Cest un élément important, mais qui sera sans doute plus difficile et plus long à mettre en uvre. Mais précisément, lexemple du CEA, créé en octobre 1945 et qui « constitue lexemple type de la réussite industrielle éclatante, suite à une impulsion politique forte » constitue une référence et une expérience évidemment très utile, même si les conditions extérieures ont bien changé depuis 1945.
Petit à petit la France est donc en train de combler son retard en matière dIntelligence, notamment face aux Etats-Unis, mais aussi à dautres nations comparables à la nôtre comme le Royaume-Uni. La difficulté rappelait René Ricol, ancien président de LIFAC (lorganisation mondiales des experts-comptables) lors de la conférence sur les métiers stratégiques organisé par Bernard Carayon et la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Paris lundi 29 novembre est que « dans lespace Européen, plus que dans tous autres, nous sommes à la fois alliés et compétiteurs ».