La Revue Parlementaire mars 2006
mars 2006

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Le patriotisme économique: voilà l'avenir!

Le monde économique européen a été secoué depuis plusieurs mois par des événements qui remettent en cause une politique européenne de la concurrence plus dogmatique que pragmatique et l’abandon de toute politique industrielle par les Etats européens : le lancement, avéré ou non, d’OPA hostiles sur de grandes entreprises européennes, l’annonce de la fin du pétrole ou en tout cas de l’énergie bon marché, la découverte que nos partenaires compétiteurs ont mis en place un protectionnisme discret mais efficace. Presque trois après que je l'ai engagé et depuis que le Premier ministre s'en est emparé , le débat sur le « patriotisme économique » est aussi délicat que d'actualité, suscitant ici ou là interprétations et réactions contradictoires. En trois ans néanmoins, une nouvelle grille de lecture de la mondialisation s'est imposée: pour les syndicats, les associations de consommateurs, les dirigeants de multinationales, la « guerre économique » n'est plus un tabou et la solution n'appartient plus aux altermondialistes réactionnaires ou aux globalistes béats.

Le « patriotisme économique » était jusqu’ici une valeur partagée dans la plupart des pays à l’exception de la France, que cette expression soit ou non reprise d’ailleurs. Le rapport que j’ai remis en 2003 et le travail administratif qui s’est engagé ensuite a permis un début de réflexion et d’action – certes encore très frileux, certes parfois maladroit- au sein des administrations. Le regard sur les pratiques comparées de nos partenaires a permis une prise de conscience d’une part de la haute fonction publique. Le « patriotisme économique » appartient aujourd’hui au discours politique assumant la mise en œuvre d’une politique publique d’intelligence économique. Ses détracteurs connaissent néanmoins un certain succès en flattant une opinion publique qui l'assimile à une réaction politique de l'Etat, issue du refus populaire de la Constitution et du sentiment de dépossession du contrôle des marchés. Pourtant, les mentalités évoluent et la sensibilité du sujet souligne que l'action du gouvernement, issue du cadre que j'avais dessiné, reste nécessaire alors qu'en privé les analyses des décideurs convergent et s'affranchissent de la prudence généralement de mise au plus haut niveau.

L'irruption du patriotisme économique n'est pas une coïncidence, elle s'invite au débat parce que l'idée même de stratégie a échappé aux pouvoirs publics français et européens. Pouvons-nous accepter les dérèglements d'un marché où, en théorie, doivent prévaloir en toute transparence, le prix et la qualité des produits et des services? Considérons-nous comme un véritable enjeu que la France et l'Europe doivent rester des territoires de prospérité, de sécurité, d'équilibre social, de maîtrise de nos choix et, enfin, de notre destin? Souhaitons-nous contribuer à l'humanisation de la mondialisation ou serons-nous résignés à être qu'esquifs sur une mer déchaînée, sous-traitants des autres, confinés dans l'exploitation de nos atouts touristiques? Je suis convaincu, comme bon nombre de mes interlocuteurs, que la France n'a pas dit son dernier mot!

Notre pays, l'Europe, ont besoin d'une nouvelle ambition. Le patriotisme économique, tel qu'imaginé en France, n'a de sens que dans la réunion des forces publiques et privées. Penser conjointement ce qui a été jusque là considéré contradictoirement, favoriser la naissance d'une communauté d'intérêts entre l'Etat et les entreprises : voilà une ambition à notre mesure.



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